Mercredi 16 mai 2007
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La Pologne est un pays à première vue pauvre, poussiéreux, lointain, inintéressant. A première vue, bien sûr.
En effet, ce pays de près de 40 millions d'habitants (38,6) est l'un des 6 pays les plus peuplés de l'Union Européenne, et représente une voix à ne pas négliger dans les
négociations internes. Autre particularité de ce pays, il est dirigé par les deux frères Kaczynski, avec Lech Président et Jaroslaw Premier Ministre.
Et ils ont l'amabilité, pour vous permettre de mieux distinguer à qui revient quel pouvoir, de naître jumeaux. Seul un Polonais pourrait vous dire lequel des deux est le
président (une sombre histoire de grain de beauté, parait-il).
Mais, hormis l’aspect cocasse de la situation, se trame en Pologne quelque chose de bien plus grave, et pourtant en fait depuis quelque jours moins éloignée de nous. Le 5 mai
2006, Jaroslaw, ancien secrétaire général du parti « plate-forme » de la majorité, Droit et Justice (PiS), fut nommé par Lech Premier Ministre en remplacement de Kazimierz Marcinkiewicz
(j’avoue, j’ai fauté : je me suis aidé de Wikipédia pour l’orthographe). C’est alors que, face aux difficultés pour trouver une nouvelle majorité, au lieu de faire le choix de nouvelles
législatives, ils prirent la décision de s’allier, telle une « droite décomplexée », avec de « nouveaux » acteurs politiques, j’ai nommé Samoobrona (« Autodéfense »
et la LPR (Ligue des Familles Polonaises), qui comme leurs noms le laissent penser ne sont pas précisément des sympathisants sociodémocrates.
Samoobrona pour commencer, dont le leader, Andrzej Lepper, est actuellement Vice-Premier-Ministre chargé de l’Agriculture. On emploie un terme pour qualifier ce mouvement, et
il est probablement l’un de ceux à qui il s’adapte le plus : populiste. Juste un exemple : lors de la campagne pour le référendum sur l’entrée de la Pologne dans l’Europe en 2003,
Samoobrona y était initialement opposée, mais constatant que l’opinion y était favorable, diffusa des affiches affirmant aux Polonais : « La décision vous revient ».
Cependant, ses pratiques telles le blocage des routes en association avec les paysans (comme la FNSEA), les rumeurs infamantes (Ah ben oui, mais l’opposition elle fait qu’à distribuer de
l’anthrax aux Talibans) et l’emploi des hauts parleurs, habituellement réservés a l’extrême droite japonaise, en font plus une héritière de Poujade qu’autre chose…
Mais, le meilleur pour la fin, voilà la Ligue des Familles Polonaises qui se présente. La LPR, donc, est un parti d’extrême droite ultracatholique qui considère encore que
ceux qui seraient à mettre en cause dans l’exécution mythologique de Jésus ne seraient pas les Romains mais les Juifs. De plus, ils sont bien sûr homophobes et tout à
fait d’accord quand feu-Jean-Paul II déclarait que l’ « avortement est le génocide du XXIième Siècle » (comparer l’avortement à la Shoah…). D'ailleurs, "Le dernier
président communiste de la Pologne, Wojciech Jaruzelski, fera office de témoin durant le processus de béatification du pape Jean-Paul II. [il] discutera surtout du profil politique du pape
Wojtyla" (Radio Vatican, janvier 2006). Vous allez voir pouquoi je rajoute cette citation, j'y reviendrais. Dont acte, et la radio intégriste de ce parti (Radio Maryja)
diffuse de nombreux messages antisémites (Selon celle-ci, Auschwitz-Birkenau était un « camp de travail »…). Roman Giertych, actuel Ministre de l’Education, compte bien
« rechristianiser » le programme scolaire polonais, et son père Maciej a utilisé le logo du Parlement Européen, où il est député, pour diffuser des tracts antisémites ("les juifs,
volontairement, préfèrent vivre une vie séparée de celle des communautés environnantes […]. Les juifs ne représentent pas une race spécifique […] mais le fait qu'ils aient leur propre
civilisation, qu'ils vivent séparément, a eu pour résultat qu'ils ont développé des différences biologiques" Civilisations en guerre en Europe).
C’est ainsi que se présente le gouvernement polonais, qui a récemment fait l’actualité, en voyant sa « loi de lustration » (tout haut fonctionnaire, enseignant,
journaliste&cie âgé de plus de 35 ans aurait été obligé (et l’ont été pour beaucoup) à affirmer sur leur honneur qu’ils n’a pas collaboré avec le régime communiste du général Jaruzelski)
annulé par la Cour Constitutionnelle locale. Cependant, les jumeaux comptent bien faire revoter une loi qui reprendra en substance le projet de la précédente, cet espèce de maccarthysme
postmortem pouvant conduire en prison les personnes affirmant qu’ils n’ont pas collaboré mais pour lesquelles les archives du POUP (Parti Ouvrier Unifié Polonais, le parti unique entre
45 et 89) affirmeront le contraire.
Rendons grâce à M. Bayrou d’avoir été parmi les premiers à avoir évoqué le cas de Bronislaw Geremek devant les médias français, mais il faut savoir que cet ancien de
Solidarnosc démissionné pour non-réponse au questionnaire n’est pas le seul à être menacé par la politique de « décommunisation » des jumeaux. Ceux-ci ont également imaginé de retirer
leur pension à tous les combattants qui, d’une façon ou d’une autre auraient agi dans l’intérêt communiste. Cela concerne par exemple des nonagénaires ayant combattu aux côtés des républicains
espagnols contre les troupes franquistes, fascistes et la Légion Condor nazie, et qui, réfugiés en Pologne, se voient menacés par le gouvernement polonais de se voir retirer leurs retraites
d’anciens combattants.
Le comble étant que Jaruzelski et Franco étaient de grands amis.