Jeudi 17 mai 2007
Nicolas Sarkozy a parlé, dans ses discours électoraux, d'"une France de Propriétaires", éléphant blanc de la droite conservatrice comme libérale, et déjà projet de Margaret Thatcher (pas pour la France, hein).

Nicolas Sarkozy, pour cela, préconise de défiscaliser les intérêts de l'emprunt pour le logement principal. A priori, mesure intéressante, direz-vous.

Sauf que.

Défiscaliser les intérêts d'un emprunt pour le logement principal vise à encourager les Français à s'endetter pour acquérir leur logement principal. D'ores et déjà, les Français n'ayant pas les moyens de fournir assez de garanties à leur banquier pour obtenir un emprunt habitation peuvent aller se brosser, comme dirait François de (la Brosse). Et comme encourager l'achat de son logement permet, grâce aux récentes lois Borloo, de les maintenir s'il s'agissait d'un ancien HLM dans le quota des 20% d'HLM par ville, cela signifie que le nombre de logements sociaux disponibles à la location diminuera.

Mais ce n'est pas tout, car après tout cette conséquence n'est pas gravissime.

Le vrai problème, c'est que défiscaliser les intérêts de l'emprunt encourage les Français à s'endetter. En somme, comme on sait que les investissements des Français dans l'immobilier alimentent la croissance, cela signifie que l'Etat s'endette pour encourager les Français à s'endetter encore plus pour nourrir la croissance et disposer de logements privés. L'Etat espère y retrouver des revenus par l'augmentation des rentrées fiscales engendrées, mais ces rentrées fiscales destinées à désendetter l'Etat reposent sur l'endettement des ménages. L'Etat remplace l'endettement public par l'endettement privé, alors que la France a pour l'instant la chance d'être l'un des pays d'Europe où l'endettement privé est le moins lourd (quelque chose comme la moitié de celui du Royaume-Uni, où les ménages, habitués aux cartes de crédit revolving, ont une forte tendance à se diriger bien plus rapidement que chez nous vers la faillite personnelle -notez que le Royaume-Uni a officiellement une dettee publique bien plus faible que chez nous, et qu'il doit s'agir là d'une modèle à suivre).

De plus, qu'est-ce que garantit ces emprunts financés non plus entièrement par les particuliers, mais aussi par l'Etat, si celui-ci paye une partie des intérêts de l'emprunt (c'est ce à quoi cela revient, en somme)? Ces emprunts sont garantis non plus seulement par la capacité financière des ménages (que tous n'ont pas, mais à qui il va falloir offrir à tous des emprunts) mais aussi par celle de l'Etat, qui comme on l'a vu finance la mesure par l'augmentation de la valeur des biens immobiliers, assurance pour lui d'un flot croissant d'impôts.

En somme, si la valeur des biens immobiliers chute, la mesure ne tient plus financièrement.

Autre chose: au Royaume-Uni, la valeur des biens immobiliers est telle que les ménages s'y endettent tellement pour financer leur logement principal qu'ils l'hypothèquent pour se payer un logement secondaire, lequel mis en location devra financer son remboursement puis leurs retraites, puisque les retraites du système par répartition sont tellement faibles (voilà ce qui arrive quand on baisse tellement l'imposition des ménages). Le "Royaume-Uni de propriétaires" (80% des Royaume-Uniens possèdent leur logement principal) mettrait en situation de faillite civile un nombre incroyable de ses citoyens si les prix de l'immobilier venaient à chuter. Or, c'est ce qui a failli se passer aux Etats-Unis (l'atterrisage devrait se faire "en douceur") mais qui pourrait pour autant se produire en Europe, et bien plus violemment dans ce cas au vu des capacités de M. Trichet (directeur de la BCE).

M.Blair soutient avec vigueur M. Sarkozy dans son projet présidentiel pour la France. Nos banques, toujours intéressées par l'idée de distribuer des cartes de crédit à taux usuriers (15 et quelques%), aussi.


Je reviendrais également sur le cas de l'Espagne, un pays qui finance sa croissance de près de 4% l'an par la surchauffe et la spéculation immobilières tout en encourageant pour cela un endettement toujours plus prolongé de ses ménages ("Tiens, chérie, si on s'endettait pour 50 ans?" fit le trentenaire en mal d'habitat à sa femme).
Par LeLoup
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